Le Vallon de la Mandoune
Septembre 2011
Restons encore un moment sur le Pont des Consuls et regardons de chaque côté à quoi ressemble aujourd'hui ce vallon.
Le ruisseau a disparu, de grands parkings, une rue très fréquentée, un rond point, des jardins, des maisons et immeubles de chaque côté.
Fermons les yeux et essayons d'imaginer maintenant à quoi pouvait ressembler cet endroit il y a bien longtemps...
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C'est un paysage totalement différent. Le vallon grouille de vie, de bruits, d'odeurs...
On parle, dans les livres, du "val des fontaines". En effet de nombreuses sources s'échappent de l'escarpement. Elles viennent pour la plupart des jardins des Jacobins installés plus haut. On en dénombre 28 et certaines reliées entre -elles par des aqueducs viennent alimenter des fontaines. C'est une vrai richesse pour la ville et d'autant plus que l'eau y est excellente.
La plus belle d'entre - elles et la plus ancienne, se trouve tout en haut, à la sortie de la rue de la Comédie, à côté de la Porte du Griffoul à laquelle elle a donné son nom.
Carte postale représentant les vieux fossés au niveau de la Porte du Griffoul d'après une huile de 1828
C'est la Fontaine du Grand Griffoul ( griffoul signifiant fontaine en vieil occitan).Elle a été édifiée en 1278 par un certain Jean d' Hélie. Elle est, d'après les récits, magnifique avec son bassin de pierre, sa colonne de marbre blanc portant 5 dauphins et un Neptune armé d'un trident par où sortent des jets d'eau.
Cette fontaine a failli être transférée en 1742 au milieu de la Place Nationale ( alors nommée Place Royale). Hélas cette décision n'a pas été suivie d'exécution et l'ouvrage a été démoli un siècle plus tard.
Gravure présentant le projet d'installation de la fontaine du Griffoul sur la Place Nationale, 1857, archives départementales du T.etG.
Entre le 16ème et le 17 ème siècle d'autres fontaines sont aménagées. En face du Grand Griffoul, en bas de l'actuelle Grand'rue Villenouvelle ( autrefois nommée Côte de l' Oulette), une autre fontaine est reliée à elle par un aqueduc sur un pont. C'est la fontaine de l'Oulette.
photo de 1890
En 1788 les consuls se félicitent que " ces eaux qui alimentent les fontaines publiques de Loulette et du Griffoul coulent toujours en abondance et remplissent parfaitement le vœu pieu de J.d'Hélie: avoir des aquae perennes"
Dans la moitié du 19ème siècle "elles alimentent encore la ville et les amateurs de bonne eau". L'historien régionnal Lebret écrit :" C'est une de ces villes où l'on boit les meilleures eaux"
Photo de la Fontaine Lagarrigue août 1860 (Fonds Trutat)
Plus bas, à droite, la fontaine de Langogne (1680) puis celle dite "de la Terrière " ( 1643) avec 4 jets," couverte en dôme portant 3 faces à chaque face" et enfin, en face, en bas de l'actuel Pont Montmurat (ou Pont Pellot) la fontaine du Petit Griffoul.
Fontaine de Langogne restaurée et mise en valeur.
Sur la plaque de marbre blanc on peut lire (difficilement) les circonstances de son édification:
" Estant Consuls en l'année MDCLXXX Messieurs Noble François Delpech Seigneur de
Sainte Livrade Jean de Gironde Seigneur de Sigounhac M.Jean Barthe Notaire Royal M.Jean De la Croix Procureur de la Cour des Aydes construitepar Pierre( et Jean Bergis frère en 1680)
Au centre donc coule le ruisseau Lagarrigue. Après un virage vers la gauche il se jette dans le Tarn. Sa puissance est assez forte et au fil des crues il s'est même scindé en 2 bras comme on peut le voir sur un schéma du plan du siège de 1621.
Des travaux seront effectués plus tard pour le remettre dans son lit.
Sur ce schéma on peut voir aussi, en bas à gauche en face Montmurat, un moulin à vent et plus haut en face la tour de Lizié, un moulin à aubes.
Le meunier qui travaille là s'appelle Mandou et, parait-il, sa femme aux formes avantageuses est très accorte... Elle laissera son nom au vallon: le Vallon de la Mandoune.
Un petit chemin longe le ruisseau sur la rive gauche, le long des fortifications.
Plan extrait de l'Atlas Historique des Villes de France
Clic pour agrandir
Ici l'animation est très importante. De nombreuses tanneries y sont installées et même une "écorcherie" (= abattoir). On y tue le bétail: vaches, moutons, porcs et les exhalaisons rendent insalubre le voisinage, les gens se plaignent...Celle-ci est construite tout près de la fontaine de Langogne afin d'en utiliser l'eau qu'elle partage aussi avec la population. Un grand escalier a été construit pour faciliter l'accés aux ouvriers vivant dans les quartiers hauts, "et pour pouvoir descendre facilement à la dite fontaine, les entrepreneurs s'obligeront de faire un grand escalier qui fera communiquer de la ruelle de la Molle jusqu'à la dite fontaine". C'est "l'escalier de service qui tend de Villenouvelle à la tuerie, appelé La Coste".
Plus bas en 1760 on fait fermer la dernière arche du Pont Montmurat afin, dit-on, "d'y pratiquer une grange à l'utilité de la ville". On fait batir également 2 rampes d'escalier qui descendent de part et d'autre du "ponceau sous la grande arche"
Au début du 19 ème siècle le ponceau disparait et on construit, à cet endroit là d' immenses lavoirs où la "Mandoune" devait venir chercher l'eau avec sa cruche dans le caquetage des servantes et des lavandières.
Les maisons du ruisseau Lagarrigue, jeudi 21 août 1856 (anonyme)
Croquis de Lacoste-Rigail jeune daté de 1822
(Le propriétaire de l'original de ce croquis m'a contactée pour m'informer qu'il souhaite le vendre ou le placer en dépôt dans un musée. Si vous êtes intéressé me contacter via "contacter l'auteur" dans la colonne de droite en haut ou en commentaire)
Même endroit de nos jours, beaucoup moins romantique...
L'activité des tanneries subsistera du Moyen Age jusqu'au milieu du 19 ème siècle favorisée, dit-on, par des eaux aux propriétés bénéfiques. Certains anciens bâtiments étaient encore visibles au milieu du siècle dernier.
Démolitions des anciennes tanneries du quartier de l'Oulette dans les années 1960
La première usine Poult, fondée en 1890,(plus grande entreprise industrielle actuelle de la ville) s'était, elle aussi, établie au pied du Pont des consuls. On y fabriquait des papiers cigarettes, des biscuits et des conserves alimentaires. L'usine a déménagé ensuite à Villebourbon et maintenant à Albasud.
L'ancienne maison Poult existe toujours. Le rez-de-chaussée ayant été été enseveli lors des travaux de voirie elle semble moins haute.
Le vallon de la Mandoune a donc bien changé au fil des ans. Le ruisseau Lagarrigue a été progressivement comblé. Les travaux se sont déroulés par tranches. Ils ont débuté en 1861 et se sont terminés presque 100 ans plus tard en 1956. Les canalisations rejoignent celles des égouts.
Pour les nostalgiques qui imaginent un ruisseau bucolique traversant la ville, je conseille de lire le rapport sanitaire du Dr E. Limayrac ICI
ils comprendront mieux pourquoi il était devenu indispensable de combler le Lagarrigue...
Pour ceux qui m'ont posé la question au sujet de l'endroit où il prend sa source, je répondrai qu'il est très court. Il nait en effet à environ 6 km en aval de Montauban , dans le secteur de Saint Martial.
Pour le voir maintenant, une dernière fois avant qu'il ne disparaisse pour aller rejoindre le Tarn, il faut aller dans le quartier des Chaumes au niveau du centre social de la Comète.
Les derniers mètres du ruisseau à l'air libre (photo prise en janvier 2018)
Et pour le voir se jeter dans le Tarn il faut se rendre en bas de la Mandoune, sur la rive.
Les 2 ponts, celui du Fort et celui des Fontaines, ont disparu. Le premier a été enterré tel quel lors de la création de l' Esplanade Ligou au 19ème siècle. Il nous a fait un dernier clin d'œil en 2004 en réapparaissant lors des fouilles pour l'aménagement de l'Esplanade des Fontaines.
Les fontaines ont disparu également à l'exception de celle de Langogne restaurée et mise en valeur, ainsi que ses escaliers, il y a une vingtaine d'années.
Les maisons sont moins nombreuses et les jardins en terrasses, à droite, donnent un charme incontestable à l'ensemble.
Une statue de J. Suzanne en acier "Météore" a été érigée sur le parking en 1988.
Symbole d'envie de voler et de légèreté.
Météore.
(Juste en dessous on peut entendre les pompes des égouts et du ruisseau.)
Sur la rive gauche, côté ville, quelques beaux hôtels particuliers anciens surplombent le ravin.
Ici, jadis, coulait la Fontaine du Petit Griffoul.
Au fond, en rose, l' hôtel de Scorbiac
Mais la modernité est passée par là. Un ascenseur permet désormais d'accéder directement à la Place Lefranc de Pompignan, au théâtre et au centre ville. Plus besoin de grimper le vallon...
Quelques autres représentations du Vallon de la Mandoune. Ce lieu a beaucoup inspiré peintres, dessinateurs et photographes locaux.
Hubert Bergère - Les Maisons de la Mandoune 1941
Henri Marre - Les Maisons de la Mandoune vers 1890
Carte postale de la collection Yves Ducourtioux-1992-
1891, le ruisseau près du Moulin de Mandou; à gauche la maison de ma^tre de Martin de Bellerive
La descente du Griffoul, dessin de 1869
Photo ancienne
Le vallon sous la neige (photo trouvée sur le net) On peut voir le Lagarrigue.
Photo provenant des archives familiales de Louis Romand, datant de 1955
Le Pont des Consuls en 1905,
peint par l'artiste Louis Cambedouzou
Une aquarelle de Lucien Cadène datant de 1921
à suivre: Les 400 Coups










































