A noter
Les articles qui suivent sont évolutifs. Je reviens régulièrement dessus pour les compléter au fur et à mesure de mes lectures ou de mes découvertes.
Afin que vous soyez tenus au courant de ces changements, je note ici la date des articles auxquels j'ai apporté une modification.
Vallon de la Mandoune ( 3 photos rajoutées le 06 janvier)
Faisons les 400 coups ( rajout le 18 janvier)
Porte mystérieuse n°2 dévoilée (le 10 janvier)
N'hésitez pas à cliquer sur les photos pour les agrandir!
N'hésitez pas non plus à faire des commentaires, ajouter des précisions ou des rectifications, des demandes...
Un blog est intéressant pour celui qui le gère que dans la mesure où il est inter-actif...
Pour mieux vous situer je joins ici un plan de la ville:clic ICI
Le Pont Vieux de Montauban
Mai 2012
Le Pont Vieux est, comme son nom l'indique, le pont le plus ancien de Montauban.
C'est un des fleurons de Montauban de part son âge, son architecture mais aussi grace aux panoramas qu'il offre, côté rive droite, sur l'ancien Palais Episcopal (devenu Musée Ingres), l' ancien Palais de la Cour des Aides (devenu Musée d'Histoire Naturelle), l' Eglise Saint Jacques et sur le magnifique alignement des façades des hôtels particuliers du 17ème et 18ème siècle surplombant le cours du Tarn sur sa rive gauche.
Rive droite
Rive gauche
Quand, en 1144, Alphonse de Jourdain crée la ville il stipule sur sa charte qu'il faudra construire un pont fortifié sur le Tarn
"et quand le pont sera bâti, le seigneur comte s'entendra avec six prud'hommes, des meilleurs conseillers, habitant dudit lieu, sur les droits qu'ils devront y établir, afin que ledit pont puisse être entretenu et réparé."
L'argent manque et la ville achète les terrains nécessaires seulement en 1291. Mais les invasions anglaises et ensuite la guerre des Albigeois remettent le début de la construction.
Montauban reste longtemps isolée "intra muros" avec comme frontière naturelle le Tarn. Seul un bac permet de rejoindre le faubourg situé sur la rive opposée et le grand chemin menant à Toulouse...
Ce n'est qu'en 1311 que Philippe le Bel relance le projet. Il cède à la ville la moitié de la forêt du Ramier et ses dizaines de milliers d'arbres nécessaires à la cuisson des briques provenant des gisements de Sapiac et de Gasseras.
Il souhaite un pont, avec 3 fortes tours fortifiées pour intégrer le système défensif de la ville à l'intar de son frère le Pont Valentré de Cahors alors en cours de construction.
La conception est confiée à 2 ingénieurs Mathieu de Verdun et Etienne de Ferrières qui vont s'inspirer du célèbre pont Saint- Benazet en Avignon.
La dernière brique est posée en 1335. La jonction terrestre avec le Quercy, la Gascogne, le Languedoc et la Rouergue est enfin assurée.
Le pont mesure 205m de long et 23m de haut et, chose rare au Moyen- Âge, son tablier est plat.
Il possède 7 arches ogivales munies de becs et percées de hautes ouvertures destinées à laisser passer l'eau en cas d'inondations ou de forts courants ( les ouïes).Il est creux et léger mais très résistant et le prouvera au fil des siècles...
A son origine, une tour carrée couronnée de machicoulis et de créneaux s'élève à chaque extrémité du pont ( cft plan en dessous).
Dans celle du côté ville logent le bourreau et ses aides.
Plan datant de 1526 et tableau de Prosper Debia
Une 3ème tour plus petite et de forme triangulaire se dresse en retrait sur l'arrière-bec de la 4 ème pile. Au rez-de-chaussée se trouve un autel dédié à Sainte Catherine patronne des mariniers.Un port fluvial important s'est développé à Montauban dés le Moyen-Age et la circulation des gabarres, chargées de minot ou de cadis,est intense. Les mariniers peuvent ainsi se recueillir en passant s'ils le souhaitent. L'entrée de la chapelle se trouve au ras de l'eau et un escalier en vis grimpe jusqu'en haut du pont.
Sur cette carte ancienne et sur le tableau au-dessus on peut voir la petite chapelle Sainte Catherine au milieu du pont.
En face, sur l'avant bec de la même pile, se trouve la bascule avec une poulie servant à manoeuvrer une cage en fer dans laquelle les blasphémateurs et les filles de "mauvaise vie" étaient enfermés et immergés 3 fois...
Au moment des guerres de religion, en 1405, le Pont Vieux subit de forts dommages. Ses tours sont ruinées et chaque fois reconstruites. La pile principale est attaquée. Une plaque avec des inscription gravées en latin rappelle ces travaux.
Au fil des siècles le pont est modifié.
La tour où loge le bourreau est démolie en 1663 car l'évêque Pierre de Bertier estime qu'elle cache la vue du palais qu'il est entrain de faire construire.
L'autre tour est abattue aussi et remplacée en 1701 par un arc de triomphe élévé en mémoire de la paix de Ryswick (1697).
Il est fait d'un mélange de pierre et de brique avec un fronton triangulaire portant les armes de la ville , du roi, les clés en arc et un mascaron.
Anciennes cartes postales montrant l'arc de triomphe
En 1828 la chapelle est démolie afin d'élargir les trottoirs, enlever les parapets et les remplacer par des barrières de métal.
Le seul souvenir qu'il subsiste de cette chapelle des mariniers du Tarn est une petite peinture à l'huile déplacée à ce moment là dans l'Eglise Saint- Jacques où on peut encore la voir: Notre Dame du Tonneau.
Notre Dame du Tonneau représente la Vierge tenant l'Enfant sur son bras gauche. On lui a donné ce nom à cause de la forme de l'étrange manteau qu'Elle porte, rebondi comme un tonneau.Cette toile a été réalisée au 18ème siècle et est inspirée de l'école espagnole.
Les trottoirs du pont sont joliment carrelés de petits galets blancs et noirs formant des losanges. Ces dessins sont très présents sur les trottoirs de la ville à divers endroits.
Sur le pont plusieurs médaillons signalent les principales dates de rénovation, la dernière étant toute récente...
Malgrè tout, la circulation intense des charrettes, chevaux, piètons et voitures diverses rend la traversée de plus en plus difficile et en 1898 il est question de bâtir un autre pont ou d'élargir le Pont Vieux. Heureusement la ville s'oppose à cette dernière solution.
Le Pont Vieux est classé momument historique en 1919, 6 ans après la fin de la construction du 2ème pont de la ville, le Pont Neuf.
Images d'hiver...
Février 2012
Au confluent du Tescou et du Tarn l'eau est gelée...
Sur la glace, un ragondin se prélasse au soleil...
Le Tescou
La Fontaine du Jardin des Plantes et ses stalactites...
La Fontaine Charles Bourrat (en de face la préfecture)
La Fontaine de la Porte du Moustier (en face de l'Hôtel de la Force)
La Maison des Cariatides
Novembre 2011
Dans mon article précédant, j'évoque la Maison des Cariatides, bel exemple du travail des ateliers Virebent.
C'est une maison de style néo-classique située au numéro 16 de la Place Roosevelt tout près de la Cathédrale Notre Dame.
Lors de sa construction, en 1835, elle est richement décorée d'éléments en terre cuite produits par la toute récente entreprise.
La magnifique loggia du premier étage ouvrant sur la place est particulièrement remarquable. Les 3 piles soutenant l'attablement revêtent la forme de cariatides. Ces figures ont été moulées d'après un modèle de Jean Goujon créé pour le Palais du Louvres lui même inspiré de l' Erechthéion (ancien temple grec sur l'Acropole d'Athènes).
Le haut du corps des cariatides sort du même moule mais en dessous le plissé des toges et la position du bassin diffèrent ce qui donne à chacune une pose appropriée à sa situation dans la loggia.L'ensemble apporte grace et la vie à la façade.
le mot cariatide a comme éthymologie femme du Cayre, ville de Laconie
On retrouve des cariatides identiques à Toulouse, rue des Marchants et Allées Jean Jaures.
Allées Jean Jaures à Toulouse
Chacune des ouvertures de la demeure est encadrée par des frises différentes et le 2ème étage est orné d'élégantes colonnes géminées. Tout en haut des balustres bordent un toit en terrasse.
Pour ce qui est de l'histoire de cette maison, on sait qu'à une certaine époque elle est habitée par la soeur du docteur Alibert, médecin chef et chirurgien à l'hôpital à la fin du 19ème et début du 20 ème siècle. Réputé et très aimé par les habitants,il est également préhistorien local.
Avant 1900 cette maison sert aussi un temps de relais de poste.
" Avant 1900, tous les véhicules de louage, individuels ou de plaisir, comme d'ailleurs les diligences, étaient tirés par des chevaux, mulets ou bourricots. En dehors des carrossiers professionnels ou des marchants de chevaux le bureau central des équipages était situé Place de la Cathédrale, sous l'immeuble des Cariatides, tenu par l'entreprise Coureau qui assumait le service des citadines, calèches et omnibus qui stationnaient en bordure de la place et dans la cour des gares de Villebourbon et Villenouvelle. C'était lui qui organisait le service des transports et du courrier par la diligence "La Patache" sur les grands itinéraires:Montech-Nègrepelisse-Montpezat-Lafrançaise-Monclar, etc"
extrait de Montauban 1870-1970 Cent ans d'Images
de Maurice Bes
Le long de la place, les diligences attendent...
La "Patache", sous les Cariatides...
L'entreprise Virebent
Novembre 2011
Avec la jolie frise d'inspiration grecque de la porte mystérieuse numéro 3, j'évoque l'entreprise Virebent.
Cette entreprise a été créé en 1831 par Auguste Virebent et ses frères à Launaguet près de Toulouse.
Ces entrepreneurs mettent au point une nouvelle technique qui va révolutionner l'art d'ornementer les édifices.
En effet plus besoin de sculpter la pierre ou d'accoler des décors lourds. Ils ont l'idée de créer des presses pour fabriquer de la brique et mouler ainsi des éléments légers, souvent creux et dans des terres de couleurs variées.
Ils publient aussi, et c'est une innovation, des catalogues pour se faire connaitre et diffuser leurs modèles. Ils vendent de façon industrielle et leurs prix sont attractifs. Leur inspiration est puisée à partir de motifs de l'Antiquité, du Moyen Age et de la Renaissance.
Toute la région achète leur production.
A Montauban, au 19ème siècle, nombreux sont les propriétaires à agrémenter leurs façades en constuction avec ces décors. Certains remettent même ainsi au goût du jour leur demeure plus ancienne.
Les cariatides Place Roosevelt
Il suffit de lever un peu les yeux pour voir partout frises, modillons, colonnes, balustres ou mascarons.
Hôtel Roux Feneyrols n°2 rue Porte du Moustier
Faubourg du Moustier
Si vous voulez en connaitre plus sur ces frères de génie j'ai trouvé ICI un lien très intéressant.
Hôtel des Finances Allées Mortarieu
Annie évoque dans son commentaire la briqueterie Giscard et m'envoie un lien très intéressant ICI.
Jean-Baptiste Giscard a été mouleur statuaire chez Virebent et s'est mis à son compte en 1855. Il est devenu son principal concurrent et a beaucoup vendu aussi dans la région surtout dans le domaine religieux.
Difficile pour moi de savoir l'origine exacte de certains des décors photographiés. En tout cas la technique reste la même...
Rue du Lycée
Rue de l'Hôtel de Ville
à suivre: la Maison des Cariatides
Porte mystérieuse n°3 dévoilée
Novembre 2011
Et bien oui vous êtes 2 à avoir trouvé!
Cette porte s'ouvre au numéro 11 des Allées Mortarieu dans un grand bâtiment en briques faisant angle avec le Faubourg Du Moustier.
Cet endroit est un ancien hôtel particuliers connu sous le nom d'Hôtel de La Force ou hôtel Caumont de la Force.
Il a été édifié en 1704 pour le négociant Pierre de Saint-Sardos et l'architecte de l'époque a eu à coeur d'embellir l'entrée du faubourg et de la promenade des Cordeliers ( aujourd'hui Allées Mortarieu). Derrière s'étendait un vaste parc d'1,5 hectare aménagé sur un ancien cimetière protestant.
Plusieurs propriétaires et locataires s'y sont succédés et en particuliers entre 1804 et 1830 la grande famille de La Force qui lui a laissé son nom.
Je vous ai déjà parlé ICI du Duc de La Force, commandant du département, qui possèdait également une propriété à Chambord, le même qui, aussi, en 1808 commandait la garde d'honneur formée à l'occasion du passage de Napoléon à Montauban ICI.
L'hôtel comprennait un corps central flanqué de 2 pavillons à frontons triangulaires.
derrière la porte...
vieille fontaine dans une cour...
En 1830 il est revendu et séparé en 2 parties et son bel escalier à double révolution est hélas démoli.
La famille Rigail de Lastours occupera la partie donnant sur le faubourg du Moustier. En 1855 naitra là François Rigail de Lastour futur explorateur du Congo.
Aujourd'hui des services de la ville et des cabinets privés occupent une bonne partie de l'ancien hôtel.
Le beau parc a été morcellé mais quelques vieux arbres survivent encore et témoignent du temps passé...
à suivre: l'entreprise Virebent...
Porte mystérieuse n°3
Novembre 2011
Mon attention a été attirée par cette belle porte. Pouvez-vous la situer?
Quelques indices peuvent vous aider...
Le bel heurtoir...
La plaque notariale et le numéro 11...
La frise de Virebent au dessus.
Les 2 chasse-roues en bas...
Alors vous avez trouvé?
Faisons les 400 coups!
Septembre 2011
Un petit entracte aujourd'hui avec la Fête des 400 coups.
En 1994, Montauban célébrait les 850 ans de sa création par tout un week-end de festivités: chars, manèges, bandas, feu d'artifice, spectacle etc.
Ce fut un tel succés que depuis ce jour là la fête est répétée, tous les ans, à l'arrivée de l'automne.
Pourquoi cette expression "faire les 400 coups"?
L'histoire est basée sur des faits historiques mais aussi sur une part de légende. Je laisse le site de la ville vous la raconter...
*****
Depuis plus de trois siècles et demi, les trous dans la brique de l'église Saint-Jacques rappellent au passant une histoire tout aussi mouvementée que glorieuse. Celle du siège de Montauban par Louis XIII, en août 1621...
"Quand le pouvoir royal voulut soumettre Montauban-la-protestante, toute la ville se rebiffa. Dès 1562, il mit tout en oeuvre pour anéantir les montalbanais hermétiques à la religion catholique.
Chargé de la besogne, le maréchal Montluc par trois fois, fut repoussé par les Montalbanais. La royauté ne pouvait pas rester sur cet échec... Louis XIII en personne, et son bras droit, le cardinal Richelieu, ordonnèrent un nouvel assaut contre la ville. Le roi en appela aux lumière d'un alchimiste... Celui-ci fit part aux autorités royales de sa recommandation: "il faut faire peur aux habitants de la ville. Une grande peur qui glacera les assiégés et les fera spontanément se rendre..."
"Que faut-il faire ? "Placer côte à côte quatre cents canons et tirer simultanément les qutre cents coups... Bruit, fureur, destruction et rédition garantis".
"Mais les assiégés se sont préparés à une bataille longue et difficile. Sous la houlette du premier consul Jacques Dupuy, ils ont fait des provisions, engrangé blé et autres victuailles. Prés de 20 000 personnes sont retranchées derrière les remparts et les fortifications, prêtes à soutenir l'assaut. Les soldats de Louis XIII s'affairent. Tout est prêt, les coups éclatent comme autant d'orages, une odeur de poudre se répand, sinistre présage... Puis le silence retombe... Rien en se passe: leurs vœux n'ont pas été exaucés, les Montalbanais ne se rendent pas. Ils ont résisté, en s'amusant dans la cité et en faisant bombance pendant que sur les remparts de la ville, déferlent les boulets... Montauban a gagné la bataille..."
De la grande histoire à la petite anecdote, il n'y a qu'un pas et l'expression est restée... "Faire les 400 coups", est devenu synonyme de réjouissances... C'est dans cet état d'esprit qu'est née l'idée de donner chaque année à Montauban un événement lié à son identité, qui soit en même temps culturel, historique et ludique. 
La fête des 400 coups rassemblera ainsi à l'automne tous ceux pour qui faire la fête constitue un moment fort de convivialité et de joie.
Les seuls boulets que l'on trouvera en ville, seront les fameux "Boulets de Montauban", nés durant l'été (noisette grillée enrobée de chocolat noir et d'une fine couche de sucre) proposés par les pâtissiers et confiseurs. Ils célèbrent la vaillance des habitants de Montauban et leur goût pour les bonnes choses.
Je rajoute ici le commentaire très intéressant d'Emeric qui prouverait que cette histoire n'est pas seulement une belle légende mais bien la vérité:
"L'épisode des 400 coups de canon n’est pas une légende. La Société Archéologique et Historique de Tarn et Garonne à publié en 1998 un article de Paul BERGEON. Ce dernier cite les mémoires du Maréchal de BASSOMPIERRE, qui a participé au siège et a été chargé par le Roi LOUIS XIII , présent à Montauban, de procéder aux tirs des 400 coups de canon. Le Maréchal de BASSOMPIERRE écrit : « Ce fut pourquoi le Roi m’envoya quérir, le dimanche 20 septembre, pour faire tirer les 400 coups de canon, comme je fis ». Ses mémoires, publiées à Amsterdam en 1623, parlent de cet épisode.
LOUIS XIII, n’arrivant pas à soumettre la ville, a demandé à un Carme déchaussé, qui avait toute sa confiance de lui proposer une idée. C’est le religieux qui proposa de tirer les coups de canon. Les montalbanais, informés du projet royal, ont décidé de faire croire qu’ils n’avaient pas peur en faisant la fête, mais uniquement pour cette occasion, car la guerre faisait rage et l’ambiance n’était pas festive.L’armée royale était forte de 10 000 hommes au début du siège et plus de 20 000 à la fin. En raison de la guerre et surtout des maladies, le siège fit 16 000 victimes dans les troupes royales. Autre précision, le Cardinal de Richelieu est venu après à Montauban; en 1621, c'est le Connetable de Lyune qui dirigeait l'armée royale"
De sacrés résistants à toutes les époques les Montalbanais!
Le Vallon de la Mandoune
Septembre 2011
Restons encore un moment sur le Pont des Consuls et regardons de chaque côté à quoi ressemble aujourd'hui ce vallon.
Le ruisseau a disparu, de grands parkings, une rue très fréquentée, un rond point, des jardins, des maisons et immeubles de chaque côté.
Fermons les yeux et essayons d'imaginer maintenant à quoi pouvait ressembler cet endroit il y a bien longtemps...
*****
C'est un paysage totalement différent. Le vallon grouille de vie, de bruits, d'odeurs...
On parle, dans les livres, du "val des fontaines". En effet de nombreuses sources s'échappent de l'escarpement. Elles viennent pour la plupart des jardins des Jacobins installés plus haut. On en dénombre 28 et certaines reliées entre -elles par des aqueducs viennent alimenter des fontaines. C'est une vrai richesse pour la ville et d'autant plus que l'eau y est excellente.
La plus belle d'entre - elles et la plus ancienne, se trouve tout en haut, à la sortie de la rue de la Comédie, à côté de la Porte du Griffoul à laquelle elle a donné son nom.
Carte postale représentant les vieux fossés au niveau de la Porte du Griffoul d'après une huile de 1828
C'est la Fontaine du Grand Griffoul ( griffoul signifiant fontaine en vieil occitan).Elle a été édifiée en 1278 par un certain Jean d' Hélie. Elle est, d'après les récits, magnifique avec son bassin de pierre, sa colonne de marbre blanc portant 5 dauphins et un Neptune armé d'un trident par où sortent des jets d'eau.
Cette fontaine a failli être transférée en 1742 au milieu de la Place Nationale ( alors nommée Place Royale). Hélas cette décision n'a pas été suivie d'exécution et l'ouvrage a été démoli un siècle plus tard.
Entre le 16ème et le 17 ème siècle d'autres fontaines sont aménagées. En face du Grand Griffoul, en bas de l'actuelle Grand'rue Villenouvelle ( autrefois nommée Côte de l' Oulette), une autre fontaine est reliée à elle par un aqueduc sur un pont. C'est la fontaine de l'Oulette.
En 1788 les consuls se félicitent que " ces eaux qui alimentent les fontaines publiques de Loulette et du Griffoul coulent toujours en abondance et remplissent parfaitement le vœu pieu de J.d'Hélie: avoir des aquae perennes"
Dans la moitié du 19ème siècle "elles alimentent encore la ville et les amateurs de bonne eau". L'historien régionnal Lebret écrit :" C'est une de ces villes où l'on boit les meilleures eaux."
Plus bas, à droite, la fontaine de Langogne (1680) puis celle dite "de la Terrière " ( 1643) avec 4 jets," couverte en dôme portant 3 faces à chaque face" et enfin, en face, en bas de l'actuel Pont Montmurat (ou Pont Pellot) la fontaine du Petit Griffoul.
Fontaine de Langogne restaurée et mise en valeur.
Sur la plaque de marbre blanc on peut lire (difficilement) les circonstances de son édification:
" Estant Consuls en l'année MDCLXXX Messieurs Noble François Delpech Seigneur de
Sainte Livrade Jean de Gironde Seigneur de Sigounhac M.Jean Barthe Notaire Royal M.Jean De la Croix Procureur de la Cour des Aydes construitepar Pierre( et Jean Bergis frère en 1680)
Au centre donc coule le ruisseau Lagarrigue. Après un virage vers la gauche il se jette dans le Tarn. Sa puissance est assez forte et au fil des crues il s'est même scindé en 2 bras comme on peut le voir sur un schéma du plan du siège de 1621.
Des travaux seront effectués plus tard pour le remettre dans son lit.
Sur ce schéma on peut voir aussi, en bas à gauche en face Montmurat, un moulin à vent et plus haut en face la tour de Lizié, un moulin à aubes.
Le meunier qui travaille là s'appelle Mandou et, parait-il, sa femme aux formes avantageuses est très accorte... Elle laissera son nom au vallon: le Vallon de la Mandoune.
Un petit chemin longe le ruisseau sur la rive gauche, le long des fortifications.
Ici l'animation est très importante. De nombreuses tanneries y sont installées et même une "écorcherie" (= abattoir). On y tue le bétail: vaches, moutons, porcs et les exhalaisons rendent insalubre le voisinage, les gens se plaignent...Celle-ci est construite tout près de la fontaine de Langogne afin d'en utiliser l'eau qu'elle partage aussi avec la population. Un grand escalier a été construit pour faciliter l'accés aux ouvriers vivant dans les quartiers hauts, "et pour pouvoir descendre facilement à la dite fontaine, les entrepreneurs s'obligeront de faire un grand escalier qui fera communiquer de la ruelle de la Molle jusqu'à la dite fontaine". C'est "l'escalier de service qui tend de Villenouvelle à la tuerie, appelé La Coste".
Plus bas en 1760 on fait fermer la dernière arche du Pont Montmurat afin, dit-on, "d'y pratiquer une grange à l'utilité de la ville". On fait batir également 2 rampes d'escalier qui descendent de part et d'autre du "ponceau sous la grande arche"
Au début du 19 ème siècle le ponceau disparait et on construit, à cet endroit là d' immenses lavoirs où la "Mandoune" devait venir chercher l'eau avec sa cruche dans le caquetage des servantes et des lavandières.
Croquis de Lacoste-Rigail jeune datés de 1822
Même endroit de nos jours, beaucoup moins romantique...
L'activité des tanneries subsistera du Moyen Age jusqu'au milieu du 19 ème siècle favorisée, dit-on, par des eaux aux propriétés bénéfiques. Certains anciens bâtiments étaient encore visibles au milieu du siècle dernier.
Démolitions des anciennes tanneries du quartier de l'Oulette dans les années 1960
La première usine Poult, fondée en 1890,(plus grande entreprise industrielle actuelle de la ville) s'était, elle aussi, établie au pied du Pont des consuls. On y fabriquait des papiers cigarettes, des biscuits et des conserves alimentaires. L'usine a déménagé ensuite à Villebourbon et maintenant à Albasud.
L'ancienne maison Poult existe toujours. Le rez-de-chaussée ayant été été enseveli lors des travaux de voirie elle semble moins haute.
Le vallon de la Mandoune a donc bien changé au fil des ans. Le ruisseau Lagarrigue a été progressivement comblé. Les travaux se sont déroulés par tranches. Ils ont débuté en 1861 et se sont terminés presque 100 ans plus tard en 1956. Les canalisations rejoignent celles des égouts.
Pour voir maintenant, une dernière fois le ruisseau avant qu'il ne disparaisse pour aller rejoindre le Tarn, il faut aller dans le quartier des Chaumes au niveau de la Comète.
Les 2 ponts, celui du Fort et celui des Fontaines, ont disparu. Le premier a été enterré tel quel lors de la création de l' Esplanade Ligou au 19ème siècle. Il nous a fait un dernier clin d'œil en 2004 en réapparaissant lors des fouilles pour l'aménagement de l'Esplanade des Fontaines.
Les fontaines ont disparu également à l'exception de celle de Langogne restaurée et mise en valeur, ainsi que ses escaliers, il y a une vingtaine d'années.
Les maisons sont moins nombreuses et les jardins en terrasses, à droite, donnent un charme incontestable à l'ensemble.
Une statue de J. Suzanne en acier "Météore" a été érigée sur le parking en 1988.
Symbole d'envie de voler et de légèreté.
Météore.
(Juste en dessous on peut entendre les pompes des égouts et du ruisseau.)
Sur la rive gauche, côté ville, quelques beaux hôtels particuliers anciens surplombent le ravin.
Ici, jadis, coulait la Fontaine du Petit Griffoul.
Au fond, en rose, l' hôtel de Scorbiac
Mais la modernité est passée par là. Un ascenseur permet désormais d'accéder directement à la Place Lefranc de Pompignan, au théâtre et au centre ville. Plus besoin de grimper le vallon...
Quelques autres représentations du Vallon de la Mandoune. Ce lieu a beaucoup inspiré peintres et photographes locaux.
Hubert Bergère - Les Maisons de la Mandoune 1941
René Daynes - Retour de l'Ecole vers 1950 ( détail)
Henri Marre - Les Maisons de la Mandoune vers 1890
Carte postale de la collection Yves Ducourtioux-1992-
à suivre: Les 400 Coups
Le Pont des Consuls
Septembre 2011
Tout prés du théâtre, en prolongement de la Place Lefranc- de - Pompignan, se trouve un gracieux pont de briques roses , dentelé de pierres blanches et décoré d'échauguettes.
C'est le Pont des Consuls.
Pourquoi ce nom ? Qui étaient ces Consuls ?
Quand Alfonse de Jourdain crée la ville de Montauban, en 1144, il nomme 10 consuls, renouvelés tous les ans, pour la diriger en son nom. De 1476 à 1791, quittant la Place Nationale, ces consuls s'installent dans une maison située, avec d'autres sur l'actuelle place,en bordure du ravin. (Le théâtre, encore tout petit, ouvre sur la rue de la Comédie )
Cette demeure avait servi, avant eux, de résidence à l' évêque et à la fin du 16ème siècle ils la partagent avec une école et un temple (le Temple Vieux). Après eux il y aura une gendarmerie et occasionnellement une caserne .
Mais en 1870, la ville décide d'un grand plan d'urbanisme. Le groupe de maisons, dont la maison consulaire fait partie, gêne et il est démoli. On crée ainsi une belle place et le théâtre peut être agrandi.
Mais il est également nécessaire de faciliter la circulation de la vieille ville vers les nouveaux faubourgs qui se sont beaucoup étalés.
Imaginons à quoi ressemble cette partie de la ville à cette époque là...
Le coeur de la vieille cité, jadis enfermé dans ses remparts, est séparé des nouveaux faubourgs, au nord, par un profond vallon naturel dans lequel coule le ruisseau Lagarrigue, qui va se jeter un peu plus loin dans le Tarn.
" un fossé, large, profond, et qui, vers le Nord, élargi par le ruisseau de la Garrigue,ressemble à une abîme..." écrit Mary-Lafond en 1862
On devine donc combien il est malaisé de circuler d'un côté à l'autre avec des charrettes ou même à pied!
La création d'un pont s'avère indispensable.
C'est l'architecte Léon Gardelle qui le conçoit en 1883. Sa construction sera terminée en 1898.
Il est fabriqué en briques faites à la main et en pierre blanches apportées des carrières de Bruniquel et de Charente. C'est un bel ouvrage de style néo-médiéval avec crenelures et échauguettes. Il est composé d'une grande arche centrale et d'une petite de chaque côté. Il s'élève de 14m au-dessus de la ravine.
Séménzies, un poète local, écrit en 1892 dans le journal Le Quercy : "joliment jeté d'un rempart à l'autre, le Pont des Consuls dessine une courbe élégante mettant dans le bleu d'en haut le rose de ses briques neuves, découpe dans l'air ses demi- tourelles et ses créneaux restaurés. "
Même si elle perd ainsi une partie de son pittoresque et de son charme la vieille ville est ainsi désenclavée. On peut maintenant facilement circuler du centre, à partir de la Place Lefranc - de - Pompignan, vers les faubourgs qu'on regroupera plus tard sous le nom de Faubourg Villenouvelle.
Cartes postales début 1900. Le pont n'a pas changé il a juste perdu beaucoup de sa hauteur à cause des travaux qui vont suivre...
à suivre : Le vallon de la Mandoune








































































































